NOUREDDINE KHAYACHI
EVOCATION

L’œuvre d’art est souvent munie de messages codés qui s’éclaircissent au fur et à mesure que la lecture s’approfondit et se développe.

Ce livre me permet de poursuivre la mission que je me suis assignée qui consiste à évoquer Khayachi le dessinateur après avoir consacré un ouvrage à Khayachi le peintre.

Tout le long du précédent livre, la beauté et la profondeur de l’oeuvre peint ont été bien soulignées ; dans cet ouvrage, seront bien étudiés le dessin, le portrait de l’homme et sa démarche picturale riche de multiples facettes.

A travers l’évocation du dessin, il ne faut pas occulter l’homme, son environnement, son enfance, l’influence de son père Hédi Khayachi, pionnier de la peinture Tunisienne, son entrée au football, son passage au Ministère de la défense, son séjour de quatre années en Italie, le lycée Alaoui, ses prix, ses médailles et ses décorations.

Les lecteurs et les amateurs d’art découvriront Noureddine Khayachi dans une passionnante monographie qui reconstruit les grandes étapes de sa vie et de son itinéraire artistique ; elle sera agrémentée d’une panoplie de photos souvenirs et d’un press-book dont les témoignages émouvants de personnalités, d’artistes, de journalistes et de critiques d’art permettront à nos lecteurs une meilleure connaissance de l’artiste.

Dans sa création, mon père était certes plus attiré par la peinture que par le dessin et plus par la toile que par le papier ; mais dans la hiérarchie des valeurs plastiques, il accordait la préséance au trait. Le dessin était omniprésent dans toutes ses œuvres. Je veux dire par là qu’il n’envisageait pas la peinture sans le dessin. Toutes ses toiles ont été bien structurées par la force de ses coups de crayon avant d’être égayées par sa palette de coloriste car « le dessin c’est les trois quarts de la peinture » comme l’affirmait Ingres. Khayachi mettait l’accent sur l’importance substantielle du dessin en répétant qu’ « un grand peintre ne peut être bien jugé qu’à travers un bon coup de crayon».

La pureté du trait et la profondeur de l’œuvre peint constituent deux entités complémentaires qui lui ont permis d’avancer dans sa création Il a toujours donné une explication cohérente sur ces deux disciplines : « La pratique du dessin m’a permis de mieux appréhender les mystères de la peinture». 

Mon père établissait un dialogue entre le dessin, la toile et lui-même. Sa grande honnêteté intellectuelle lui permettait d’avouer sa règle générale pendant qu’il créait. Il disait en ces termes : « chaque fois que je m’isole dans mon atelieret que je commence à peindre et à créer, je me persuade que trois personnessont assises derrière moi, et participent à mon aventure.La première personne qui m’observe jette sur ma toile le regard du connaisseur celui d’un artiste-peintre comme moi… à celui-là les erreurs techniques, un mauvais dessin n’échappent pas.La seconde personne a pour mon œuvre un regard critique, qui la situe par rapport à elle-même, et dans les courants artistiques de la Tunisie et d’ailleurs.

Enfin la troisième personne est profane, jetant un regard spontané sur mon œuvre, la jugeant en fonction de ses goûts et de sa sensibilité ».   

Khayachi voyait juste en chacun et avait le pouvoir d’entrer dans la vérité de tout homme qu’il rencontrait. Il avait une vision extraordinaire de la nature humaine, parfois il disait : « je mets en toile des personnages, je les invente, je les peins ; c’est comme si je fixais un instant de leur vie ». L’étude des portraits lui accorda le pouvoir de peindre, la connaissance parfaite de la nature humaine luidonna le don d’aller au fond des êtres . C’est probablement la jonction de ces deux éléments qui lui avait permis d’avoir une connaissance profonde des mystères de la peinture et faire de lui un artiste accompli.

La perfection du trait, la poésie des compositions, la beauté des portraits, la sensualité des nus, le mélange mesuré d’influences orientales et occidentales, confirment une personnalité dont l’authenticité demeure à jamais Tunisienne.

 

J’aurais tant souhaité voir mon père présent parmi nous afin qu’il nous communique sa réponse, sa propre réponse.